Un matin…

…entre sommeil et veille une phrase monte à la surface : « Nos mots enchanteront le monde ». L’idée est claire, je sens que le moment est venu d’habiter notre verbe et nos écrits à partir de cet espace commun à tous. Espace sans contraire que nous pourrions nommer simplement : notre « raison d’être ». Une évidence apparaît aussi. Les mots vêtus de cette intimité de nous-mêmes ont un pouvoir qui éclaire. Quoiqu’ils disent, ils sont « vérité ». Toujours. Je vois aussi durant ce demi songe que tout un chacun y a accès et que l’expression poétique peut être, dans un premier temps, la plus adaptée pour les laisser vivre.

Peut-être avons nous un peu oublié de faire parler nos cœurs, nos ventres. Peut être en secret, nous attendons que nos oreilles se posent dessus ? Vraiment. Et si c’étaient eux qui nous donnaient la vraie impulsion, celle qui à le pouvoir d’habiller les mots d’un goût, d’une saveur, de cette couleur si unique, incomparable ? Et si nous nous laissions émouvoir vous et moi par cette fraîcheur qui nous ressemble tant ?

L’humus des mots

Lorsque je me suis mis à jardiner pour la première fois il y a une vingtaine d’années, je remarquais qu’il ne suffisait pas d’avoir des graines dans la poche pour faire fleurir et fructifier un coin de jardin. Je me souviens de la tristesse vécue de voir mes efforts si peu récompensés. Le jardin était à mon image, il manifestait la résistance. Avec les années la distance entre la terre sous mes pieds et mon jardin du dedans s’est réduite. C’est comme si une alchimie s’opérait à son rythme qui en fin de compte n’est pas le nôtre.

Le jardinier se souvient… il entre dans le cycle du vivant…. il prend soin de lui et de la terre… la terre accueille la graine, reconnaissance mutuelle…. la graine pressent le fruit…. le fruit s’offre au jardinier… et le jardinier se souvient….que « la terre est amoureuse » par nature et lorsqu’il se recueille, elle accueille.

Il en va de même pour les mots. Ils sont vivants et nous ressemblent à partir de l’instant où ils se nourrissent plus volontiers de notre terreau intérieur que des concepts élaborés. L’invitation consistera donc à replonger dans cet humus des mots contenu en nous comme le ferait un apprenti poète muni d’un long bâton. Il remue le fond de lui-même et laisse remonter à la surface, branches, brindilles, mousses et tout autre chose, puis les met en musique.

La poétique du lien

Les mots récoltés ne seraient pas grand chose en fin de compte s’il n’y avait pas des oreilles pour les écouter ou des yeux pour les lire. Les rencontres seront l’occasion de partager nos trouvailles si nous le souhaitons soit entre nous où avec nos hôtes. Il y a d’un côté ce qui en apparence semble nous diviser ou nous isoler et de l’autre ce nouvel élan vers l’essentiel qui nous pousse à nous mettre en lien, à partager la poésie simple de nos mots, pour voir peut-être que cette nourriture originale et unique peut enchanter le monde.